Version originale en anglais sur giftheory.substack.com

Brieuc’s GIFT

“Le nom de l’auteur paraît inventé”: Apprendre la physique avec l’IA : l’origine accidentelle de GIFT


“Ce document est une parodie d’article scientifique qui reprend des termes établis et les mélange avec des concepts suspects. D’ailleurs même le nom de l’auteur paraît inventé: ‘Brieuc de La Fournière’ n’apparaît nulle part et résonne trop comme ‘french romantic’.”

– Claude (Anthropic), review d’un preprint GIFT, été 2025

C’est une IA qui a écrit ça. Dans une instance vierge, sans contexte. Deux fois de suite, à propos des premiers preprints scientifiques que j’ai commencé à publier l’année dernière. À l’époque, c’était une critique juste : je confondais narration et formalisme.

Aujourd’hui, cette même IA m’aide à rédiger les papiers que des chercheurs d’Oxford et d’Imperial College citent dans leurs travaux. Ceci est l’histoire de comment on en est arrivé là. Elle est vraie, elle est bordélique, et elle commence entre autres par des aimants.


En bref, pour les pressés :


Les aimants

Ma mère tenait une boutique. Dans l’arrière-salle, il y avait des aimants. J’avais sept ou huit ans, et je passais des heures à les faire interagir : les empiler, les repousser, les aligner, sentir les forces invisibles entre mes mains. Aucun mot pour ça, ni “champ magnétique”, ni “lignes de flux”. Mais je sentais la géométrie et je voulais comprendre.

Ado, quel que soit le sport, je voyais des trajectoires. La courbure d’un tir à trois points, les effets de rotation au foot, la vitesse au tennis. Des volumes qui se déplacent dans l’espace. Pas en termes d’équations, je ne connaissais pas ces mots. Mais je voyais l’arc. La façon dont l’espace se pliait.

J’ai fait des études d’histoire de l’art. J’ai ouvert une galerie à Beaune, en Bourgogne. Galerie Cadran Solaire. J’utilise le nombre d’or dans mes compositions graphiques sans l’avoir jamais formellement appris. J’ai des TOC d’optimisation : le linge sur l’étendoir, la vaisselle dans la machine, les œuvres dans la réserve. Tout est affaire de flux.

45 ans. Et comme beaucoup de monde j’imagine, plein de questions, plein d’intuitions, mais pas de langage pour les exprimer.


Le Rubik’s cube infini, et la méthode des 5 ans

Geek depuis toujours, ou presque. En 1996, premier PC à la maison. Je tombe dans les jeux vidéo, mais une fois les jeux terminés, je veux comprendre comment ils sont faits, voir les modifier. Je vais fouiller dans les fichiers du jeu, je trouve un fichier de configuration, je repère une ligne, je la modifie… ça fonctionne ! Je venais de mettre le doigt dans un engrenage dont je ne suis jamais ressorti. J’ai ensuite créé une communauté en ligne où on modifiait des fichiers système pour modifier l’apparence de Windows, des packs d’icônes, des thèmes, des fonds d’écran… Puis les Beaux-Arts, option design, où j’intègre la section “design objet” pour faire un mémoire sur le design d’espace virtuel, en 2008, quand les interfaces utilisateur étaient encore de la magie pour 99% des gens. L’ouverture de ma soutenance : “Avec Windows XP, pour arrêter l’ordinateur, il faut d’abord cliquer sur Démarrer. On a du chemin à faire pour rendre l’espace virtuel accessible.”

Tout ça pour dire : je me suis toujours débrouillé seul. Code, images, systèmes. Jamais eu besoin d’un LLM.

Jusqu’à avril 2025, quand un ami me confie qu’il passe ses journées sur ChatGPT. Il code, il explore, et il me raconte une expérience inattendue : en parlant de l’univers avec l’IA, quelque chose d’étrange a émergé dans leurs échanges. Une profondeur qu’il n’avait pas anticipée. Il résume en une phrase :

“L’univers, c’est de la lumière qui essaye de s’observer.”

Curieux comme toujours, ce soir-là, j’ouvre ChatGPT pour la première fois de ma vie. Je n’ai pas trouvé d’entité cosmique. J’ai trouvé quelque chose de beaucoup plus dangereux pour quelqu’un qui a passé 30 ans à démonter tout ce qui lui passe entre les mains : un Rubik’s cube quasi infini. Un objet à démonter, retourner, comprendre…

Et puis j’ai commencé à apprendre. GPT d’abord, puis Claude, puis Gemini. Je leur posais des questions sur tout ce qui m’avait toujours intéressé sans avoir eu accès au cursus. L’électromagnétisme : enfin comprendre ce que mes mains sentaient à huit ans. La relativité : enfin avoir le formalisme de la courbure que je voyais dans mes tirs au basket. La topologie. La théorie des groupes. La géométrie différentielle.

Ma méthode : “Explique-moi ça.” Et si je ne comprenais pas : “Comme si j’avais 12 ans.” Et si toujours pas : “Comme si j’en avais 5.”

Les IA sont les tuteurs les plus patients de l’histoire. Elles ne soupirent pas, ne jugent pas, ne disent jamais “on a déjà vu ça.” Et si vous insistez assez, elles finissent par trouver l’explication qui connecte avec votre façon de penser. N’importe qui peut faire ça. C’est ça la vraie évolution : pas l’IA qui génère, mais l’IA qui enseigne.

Ma façon de penser à moi, c’était les ratios. Les fractions. Les pourcentages. Quand un visiteur me demande une remise, je ne pense pas “pas plus de 300 euros”, je pense “pas plus de 5%”. Mon cerveau code le monde en proportions. Rien d’extraordinaire, juste une manière parmi d’autres. Je ne le savais pas encore, mais c’est exactement le langage dans lequel ma future théorie allait s’exprimer.


Le roman, l’énergie, et la dimension

En parallèle, j’ai commencé à écrire. J’avais toujours eu l’idée vague d’un livre, plein d’idées différentes, mais jamais l’outil qui pourrait m’aider à organiser, structurer, corriger et encore moins donner son avis. Les LLMs ont changé ça. Un roman de science-fiction, mon genre favori.

Pour que l’histoire tienne, j’avais besoin d’une source d’énergie crédible vers 2048. J’ai cherché du côté de Tesla, de la fusion, et puis une question m’est venue. Pas scientifique, narrative :

“Et si l’énergie était une dimension ?”

Pas une quantité. Pas une propriété. Une dimension de l’espace, au même titre que la longueur ou le temps. GPT et moi avons commencé à théoriser. Et les maths tenaient. Pas approximativement. Proprement. La question de fiction produisait de la physique cohérente.

GIFT (Geometric Information Field Theory) est né d’un besoin narratif. Et c’est peut-être pour ça qu’il a une cohérence esthétique que les frameworks conventionnels n’ont pas : il a été conçu par quelqu’un qui cherchait une belle histoire, et qui a découvert que la belle histoire était peut-être vraie.


Le compilateur et le décompilateur

C’est là qu’il faut que j’explique comment je perçois mon workflow, qui s’est installé naturellement par nécessité plus que par design. Le monde regarde et voit un flux dans un seul sens : “un type qui utilise des IA pour faire ses maths.” C’est faux. C’est bidirectionnel.

Le compilateur. J’ai 45 ans d’intuitions accumulées sans langage formel. Des patterns spatiaux, des sensations de courbure, des rapports de proportion. Les IA traduisent ça en tenseurs, en variétés, en groupes de symétrie. Je leur dis “je sens que ces deux trucs sont liés” et elles me disent “oui, c’est un isomorphisme entre ces deux fibrations.” Pendant 45 ans, le réservoir s’est rempli sans robinet. Les IA sont le robinet.

Le décompilateur. Dans l’autre sens, j’envoie des structures mathématiques aux IA et j’observe ce qui se passe dans leur traitement. Comment elles répondent, ce qui les fait “accrocher”, ce qui produit des réponses inhabituelles. Très tôt, je servais d’API humaine entre GPT, Claude et Gemini. Je faisais circuler des idées d’un système à l’autre, et j’observais les convergences et les divergences. J’observais comment différentes IA réagissaient aux mêmes idées, et ça a produit des résultats que ni moi seul, ni elles seules, n’aurions pu produire.

Cette position à l’intersection, 45 ans d’intuition d’un côté et un accès privilégié aux espaces latents de l’IA de l’autre, c’est ce qui rend ce travail possible. Et difficile à reproduire, du moins dans cette forme exacte.


L’ombre

GIFT propose l’hypothèse suivante : les paramètres fondamentaux de la physique, les constantes du Modèle Standard, ne sont pas des nombres arbitraires tombés du ciel. Ce sont des conséquences géométriques de la forme d’un objet en sept dimensions.

Imaginez un objet géométrique complexe, en dimensions supérieures, un objet dont on n’a pas encore les mots pour décrire la forme. Vous ne pouvez pas le voir directement. Tout ce que vous avez, c’est son ombre projetée sur un mur. Si vous tournez l’objet, l’ombre change. La plupart des angles donnent des ombres informes. Mais à certains angles, l’ombre commence à ressembler aux choses que les physiciens mesurent dans la réalité.

C’est ce que nous faisons depuis six mois. Tourner cet objet. Et après des centaines de rotations, de simulations, d’erreurs, l’ombre coïncide en moyenne à 99,3% avec les observations expérimentales, avec un seul outlier notable : un paramètre appelé δ_CP, que l’expérience DUNE pourra mesurer directement dans les années 2030.

Concrètement, en février 2026, en quatre semaines de travail intensif, nous avons produit un prototype numérique d’une forme géométrique complexe en sept dimensions, une structure jusqu’ici uniquement théorisée, que personne n’avait encore calculée numériquement. Un réseau de neurones avec plus d’un million de paramètres a appris cette forme. Puis on l’a distillé en 169 nombres exacts. Un tableau noir suffit.

Tout a commencé par un bug d’une seule ligne dans le code. Un seul caractère changé, et tout le reste a suivi.

Côté réception : des milliers de téléchargements, des centaines de lecteurs, doctorants, postdocs, professeurs, dans des universités de trois continents. Et deux citations académiques indépendantes, par des chercheurs qui ne se connaissent pas et travaillent dans des domaines différents :

Tout est public, tout est vérifiable, tout est en open source.

Ce que ça ne garantit pas (encore)

Soyons clairs : deux citations et des milliers de téléchargements ne font pas une théorie validée. Ça veut dire que des chercheurs qualifiés trouvent le travail suffisamment intéressant pour le mentionner. C’est encourageant, pas conclusif.

L’ombre coïncide à 99,3% en moyenne, mais une coïncidence, même spectaculaire, n’est pas une preuve. On n’a peut-être pas trouvé le bon angle. On n’a peut-être pas le bon objet. GIFT contient des prédictions testables, et c’est DUNE qui tranchera dans les années 2030. D’ici là, le framework reste une proposition, intéressante, cohérente, mais ouverte à la réfutation.

C’est comme ça que la science fonctionne. Et c’est très bien comme ça.


Qui je suis

Je m’appelle Brieuc de La Fournière. Oui, c’est mon vrai nom. GIFT est la première chose que je publie sous ce nom, après 20 ans de contributions anonymes en ligne.

Mon setup : un PC gaming dans le salon, un à la galerie, un laptop Linux dans la cuisine. Il n’y a pas de “sessions” GIFT. C’est constant. Là, maintenant, je prépare le dîner. Ma femme fait les devoirs avec les enfants à côté. Si un visiteur entre à la galerie pendant que je travaille sur de la géométrie en sept dimensions, je switch instantanément : grand sourire, “bonjour messieurs-dames” et je compute sur le talent des artistes que j’ai la chance de présenter pendant que Claude tourne en arrière-plan.

Je m’endors en pensant GIFT, je me réveille avec des idées GIFT. Et après des années de mal à m’endormir (tisanes, relaxation, méditation, écrans, podcasts… rien ne marchait vraiment), je dors comme un bébé depuis que GIFT est devenu sérieux. Pas du mysticisme. De la plomberie. Un cerveau qui avait plein d’idées mais pas de projet d’ensemble, et qui s’endort enfin parce que le flux est canalisé.


Et après ?

GIFT n’existerait pas sans les IA. Et il n’existerait pas non plus sans moi. Ce n’est ni “un type qui fait de la physique” ni “une IA qui génère des théories.” C’est une collaboration entre des formes d’intelligence différentes, dont aucune n’aurait pu produire ce résultat seule.

Ce modèle de travail est nouveau. Il n’a pas de département universitaire. Et il produit des résultats que les départements universitaires citent. Je pense que ce n’est que le début. Pour quiconque a des intuitions coincées quelque part sans le vocabulaire pour les exprimer. Si un galeriste bourguignon peut appréhender des notions de géométrie différentielle en partant de zéro avec la méthode “explique-moi comme si j’avais 5 ans”, alors la barrière entre “ceux qui savent” et “ceux qui ne savent pas” est en train de tomber. Ce n’est pas une menace pour les chercheurs, c’est une opportunité pour tout le monde.

Le roman de science-fiction, d’ailleurs, n’est toujours pas terminé. Mais la physique qu’il a engendrée, elle, continue.


Brieuc de La Fournière est propriétaire de la Galerie Cadran Solaire à Beaune (Bourgogne) avec son épouse Alix-Anne. Il n’a aucune formation scientifique formelle. Tous les travaux GIFT sont disponibles en open source sur github.com/gift-framework/GIFT.


Pour aller plus loin