Version originale en anglais sur arithmon.substack.com

Le sillon

Un an de recherche non-orthodoxe : ce qui a changé, ce qui n’a pas changé, et ce que je ne sais toujours pas.


Il y a quelques mois, j’ai publié ici un texte qui racontait comment un galeriste bourguignon s’était retrouvé à écrire des papiers de physique théorique avec l’aide d’intelligences artificielles. Le texte s’appelait “Brieuc’s GIFT.” Il était honnête, un peu ébahi, et se terminait sur une incertitude fondamentale : est-ce que tout ça est réel, ou est-ce que je me raconte une histoire ?

Un peu plus de 100 jours après, je ne connais toujours pas la réponse. Mais le paysage autour de la question a changé. Et comme ce Substack est aussi un carnet de bord, je vous dois un point d’étape.


Les faits

En novembre 2025, GIFT existait sous la forme d’un preprint Zenodo que personne ne lisait, construit sur 6 paramètres libres, avec zéro citation et zéro réseau académique. Mon seul interlocuteur était un chatbot qui m’avait d’abord envoyé promener.

En mai 2026 :

GIFT repose désormais sur 4 hypothèses de départ, contre 38 il y a 6 mois. À partir de ces 4 hypothèses, on dérive 95 prédictions sur les constantes physiques connues : masses des particules, intensités des forces, paramètres cosmologiques. Plus de la moitié sont aujourd’hui vérifiées par un assistant de preuve formelle. La construction géométrique sous-jacente est, elle aussi, accompagnée de méthodes de calcul certifié visant à garantir que les résultats ne sont pas de simples artefacts d’arrondis numériques.

En avril 2026, j’ai participé à distance au workshop DANGER sur “Data, Numbers and Geometry” à l’institut BIRS, cinq jours aux côtés de chercheurs de Caltech, Harvard, Oxford, Princeton, Imperial College, et une vingtaine d’autres institutions. J’étais l’un des rares participants sans affiliation institutionnelle. Mon nom est sur la page officielle des participants, sur la même page que des chercheurs installés, issus d’institutions que je connaissais jusque-là seulement de nom. Je n’avais jamais entendu parler de BIRS deux mois plus tôt.

Et la semaine dernière, le preprint de Heyes, Hirst, Sá Earp et al. qui citait mon travail PINN a été publié dans Physics Letters B. Référence 25. Mon nom, celui d’un galeriste de Beaune, dans la bibliographie d’un article publié dans une revue reconnue de physique théorique. La citation a passé le filtre de la revue par les pairs.

Je ne pose pas ces faits comme une validation. Je les pose comme un changement de contexte.


La méthode

Ce qui a changé en un an, ce ne sont pas seulement les résultats. C’est la façon de travailler.

Il y a un an, je travaillais avec un seul modèle, dans un seul registre, avec un enthousiasme mal calibré. Depuis, la collaboration a continué de se structurer et de s’étendre. J’utilise plusieurs architectures : Claude, GPT, DeepSeek, Aristotle, Claude Code, chacune avec ses forces et ses angles morts. Ce n’est pas du zapping : c’est de la pollinisation croisée. Une idée naît dans une conversation avec l’une, se formalise avec une autre, se teste avec une troisième, se vérifie formellement avec une quatrième. Les convergences entre architectures différentes sont des signaux. Les divergences aussi.

Le ton des papiers a changé. Les premières versions overclaiming, les “we derive” triomphants, ont cédé la place à un registre plus sobre : “consistent with, but does not prove”, “orientation, not ontology.” Ce n’est pas de la fausse modestie. C’est le résultat de dizaines de cycles d’écriture, de critique, de réécriture, où les IAs jouaient tour à tour l’avocat du diable et le co-auteur. Et Alix, ma compagne, premier filtre et dernière voix, me ramène systématiquement à la clarté. Si les textes de vulgarisation que vous lisez ici sont compréhensibles, c’est parce que j’ai dû les lui expliquer d’abord, le soir, avec un verre de vin, et que chaque “là j’ai pas compris” a produit une reformulation.

La rigueur technique a suivi la même courbe. De 6 paramètres libres à 0. De 38 axiomes à 4 : ce ne sont pas que des chiffres, c’est le signe d’un nettoyage méthodique où chaque béquille a été soit démontrée, soit éliminée, soit identifiée comme conjecture ouverte. Et là où auparavant je devais demander aux lecteurs de me croire sur parole, plus de la moitié des dérivations qui relient les hypothèses aux prédictions sont aujourd’hui vérifiées par un assistant de preuve formelle : un logiciel qui contrôle chaque étape de calcul et garantit qu’aucune erreur ne s’y glisse. Cela ne dit pas que les hypothèses elles-mêmes sont correctes ; cela dit que si elles le sont, les nombres qui en découlent le sont aussi.


Ce qui reste ouvert

GIFT fait une prédiction testable : la phase de violation CP dans le secteur leptonique devrait être δ_CP = 197° ± 5°. L’expérience DUNE, actuellement en construction, mesurera cette valeur entre 2028 et 2040. Si le résultat tombe dans la fenêtre, il faudra prendre le signal beaucoup plus au sérieux. S’il tombe en dehors, je saurai quelle partie de l’édifice doit être révisée.

Et la question fondamentale reste entière : est-ce que les formules de GIFT capturent une structure géométrique réelle de l’univers, ou est-ce que ce sont des coïncidences numériques suffisamment proches pour être séduisantes mais fondamentalement creuses ? Je ne le sais pas. Si ces relations étaient indépendantes sous un modèle nul uniforme, la probabilité d’une telle accumulation serait astronomiquement faible. Mais c’est un grand ‘si’ : les modèles uniformes sont rarement les bons modèles nuls, et l’indépendance est exactement ce qu’il faut établir.

Je continue donc avec la seule posture qui me semble tenable : ni croire ni rejeter. Publier. Formaliser. Tester. Laisser les faits s’accumuler et les experts évaluer. Et documenter le chemin, y compris les impasses et les erreurs, parce que si cette aventure a une valeur au-delà de la physique, c’est dans la méthode elle-même, dans la démonstration qu’un outsider, avec des outils qui n’existaient pas il y a trois ans, peut produire un travail qui mérite d’être examiné par ceux qui savent.

Quelques mois plus tard, la physique n’est toujours pas sûre. Mais le sillon est plus profond.


Si vous découvrez ce Substack, le point de départ est ici. Les papiers techniques sont sur Zenodo. Et si vous êtes géomètre, physicien, ou simplement curieux, mes DMs sont ouverts.